Changer d'emploi 10 à 15 fois : pourquoi se préparer avant de chercher
Vous changerez d'emploi 10 à 15 fois dans votre vie. 72% ressentent du regret après. Le vrai enjeu n'est pas de trouver — c'est de se connaître avant.

Pour certains, c'est une formalité. Une mise à jour du CV, quelques candidatures, et le tour est joué. Pour la majorité, c'est l'un des moments les plus stressants — et les plus mal préparés — de la vie professionnelle.
La statistique est claire : un professionnel changera d'emploi entre 10 et 15 fois au cours de sa carrière, avec une durée moyenne en poste de 3,9 ans. Et pourtant, neuf fois sur dix, la même histoire se répète : on subit, on fuit, on accepte trop vite. Et le cycle recommence.
Voici pourquoi votre prochain changement mérite mieux que ça — surtout en 2026.
Mon parcours : 10 changements en 35 ans, des deux côtés de la table
En 35 ans de carrière, j'ai changé d'emploi en moyenne tous les 3,6 ans. Directeur régional dans une multinationale, consultant indépendant pendant plus d'une décennie, conseiller expert au gouvernement du Québec, entrepreneur — deux fois plutôt qu'une.
Et pendant une bonne dizaine de ces années, j'ai été de l'autre côté de la table. En gestion, c'est moi, accompagné des RH, qui passais les entrevues, qui embauchais, qui faisais les évaluations annuelles — et qui ai dû procéder à quelques congédiements.
Je connais les deux côtés du processus. Et je peux vous dire ceci : que vous soyez candidat ou employeur, le système actuel est rudimentaire et frustrant.
Pendant la majorité de ma carrière, le marché me le permettait. Démotivé et sans réponse de ma gestion, je mettais à jour mon CV, je passais quelques entrevues, et je repartais ailleurs. Ce luxe est en train de disparaître.
Pourquoi 2026 change la donne : la fin du « luxe de l'erreur »
Le marché de l'emploi de 2026 n'est plus celui que vous avez connu en 2018 ou même en 2022. Les chiffres parlent.
À l'échelle nord-américaine, JPMorgan annonçait fin 2025 une croissance « uncomfortably slow » du marché de l'emploi pour le premier semestre 2026, avec un taux de chômage américain attendu à 4,5 % en début d'année. La banque pointait une réduction de l'offre de main-d'œuvre, une population vieillissante et un effet d'aspiration de l'IA qui mobilise les capitaux dans l'équipement et les centres de données — pas dans la création d'emplois.
Plus parlant encore : selon le rapport Challenger cité par JPMorgan, environ un quart des suppressions de postes annoncées en mars 2026 invoquaient l'IA comme motif, une hausse marquée par rapport aux années précédentes. Et un sondage Pew indique que seulement 5 % des travailleurs américains pensent que l'IA va créer plus d'opportunités pour eux, alors que 64 % en attendent moins.
Au Québec, le portrait est plus contrasté mais pointe dans la même direction. Après avoir terminé 2025 avec des indicateurs au vert, le marché s'est dégradé : le taux de chômage québécois a bondi de 5,2 % à 5,9 % en février 2026, avec un repli généralisé qui a touché aussi bien le secteur privé (-53 000 emplois) que la quasi-totalité des grandes industries — construction, commerce, finance, enseignement, culture. Les jeunes de 15 à 24 ans sont particulièrement touchés, avec un taux de chômage qui a grimpé à 14,1 %, tout près de son sommet des 15 dernières années.
Le bassin d'opportunités rétrécit. Les entreprises hésitent à embaucher, hésitent à licencier — un marché que le SHRM décrit comme « low-hire, low-fire ». Si vous vous trompez de poste en 2026, la prochaine opportunité ne sera peut-être pas là dans 6 mois. Elle pourrait l'être dans 18.
Votre prochain changement d'emploi sera peut-être le plus important de votre carrière.
Le coût réel d'un mauvais changement
C'est ici que ça fait mal. Trois chiffres à graver dans votre tête avant de cliquer sur « Postuler » :
- 72 % des travailleurs ressentent du regret après un nouvel emploi (The Muse, repris par CNBC).
- 30 % quittent dans les 90 premiers jours (BambooHR).
- Moins de 10 % des candidats sont appelés en entrevue pour un poste donné — sauf à ouvrir le tunnel par une référence ou une candidature très ciblée.
Moi-même, une fois sur deux, l'herbe n'était pas plus verte. Je quittais démotivé et j'hésitais à poser trop de questions en entrevue, de peur de perdre l'opportunité. Mais comment refuser une offre quand on est déjà malheureux dans son emploi actuel ?
Le piège est connu : on fuit, on est pressé, on accepte. Et trois mois plus tard, on découvre que la culture, le gestionnaire, la mission, ou la dynamique d'équipe ne nous conviennent pas. Le cycle recommence — sauf qu'en 2026, il recommence dans un marché plus serré, avec une cicatrice de plus sur le CV.
Le piège classique : fuir au lieu de choisir
Il y a une différence fondamentale entre fuir un emploi et choisir le suivant.
Fuir, c'est répondre à une douleur. C'est se dire « n'importe quoi sauf ça ». C'est postuler à 30 offres en deux semaines parce qu'on n'en peut plus de son patron, de son équipe, de ses dossiers. C'est accepter la première offre raisonnable parce que la perspective de continuer un mois de plus est insupportable.
Choisir, c'est autre chose. Choisir suppose qu'on sache ce qu'on cherche, et pas seulement ce qu'on quitte. Choisir suppose qu'on ait pris le temps — avant même de mettre le CV à jour — de répondre à trois questions que peu de gens se posent honnêtement :
- Qu'est-ce qui m'a fait performer dans le passé ? Pas seulement les compétences, mais les conditions : type de gestionnaire, taille d'équipe, niveau d'autonomie, rythme, secteur.
- Qu'est-ce qui m'a fait souffrir ? Et est-ce que ce que je vis aujourd'hui est une version aiguë de quelque chose qui revient à chaque emploi ?
- Qu'est-ce que je cherche réellement maintenant ? Pas dans 5 ans. Maintenant. Stabilité ? Apprentissage ? Salaire ? Mission ? Conciliation ?
Si vous ne pouvez pas répondre à ces questions en cinq minutes, vous n'êtes pas prêt à postuler. Vous êtes prêt à fuir.
Ce que font ceux qui réussissent leur transition
Ceux qui réussissent leur changement d'emploi font les choses différemment. Pas parce qu'ils sont plus chanceux, plus talentueux ou mieux connectés. Parce qu'ils ont fait un travail que les autres n'ont pas fait.
Ils savent nommer leurs forces comportementales. Pas leurs compétences techniques — ces dernières sont sur le CV. Leurs forces : la manière dont ils résolvent les problèmes, dont ils interagissent avec une équipe, dont ils performent sous pression. Quand on leur demande « Nommez-moi 3 forces qui vous distinguent », ils ne récitent pas un script. Ils donnent un exemple, une situation, un résultat.
Ils connaissent l'environnement qui les fait performer. Ils savent qu'ils ont besoin d'un gestionnaire qui leur donne de la latitude, ou au contraire d'un cadre clair. Qu'ils performent en équipe ou en autonomie. Qu'ils ont besoin de variété ou de profondeur. Cette connaissance change la manière dont ils lisent une offre — et la manière dont ils écoutent une entrevue.
En entrevue, ils posent des questions — des vraies. Pas « Quels sont les avantages sociaux ? » à la fin. Mais « Pouvez-vous me décrire la dernière fois où une décision difficile a été prise dans cette équipe — et comment elle a été prise ? » Ou « Qu'est-ce qui ferait, dans 18 mois, que vous me regrettiez ? » L'entrevue devient une conversation d'égal à égal. Et ce sont les meilleures entrevues qui aboutissent aux meilleurs matchs.
Le vrai problème : on ne vous a jamais aidé à vous connaître
Voici la statistique qui m'a poussé à fonder SoiWISE : 93 % des candidats ressentent de l'anxiété en entrevue (JDP). Pas par manque de compétences. Par manque de clarté sur eux-mêmes.
On nous apprend à rédiger un CV. On nous apprend à rédiger une lettre de motivation. On nous donne quelques conseils sur la posture, le contact visuel, le « pitch en 30 secondes ». Mais personne ne nous apprend à nous connaître avant d'aller chercher un emploi.
Or l'introspection professionnelle n'est pas un luxe pour ceux qui ont du temps. C'est la condition de base pour transformer un changement d'emploi subi en transition choisie. C'est ce qui distingue le 30 % qui quitte en 90 jours du 70 % qui reste — et au sein de ce 70 %, le tiers qui s'épanouit du tiers qui survit.
Le vrai problème n'est pas de trouver un emploi. C'est de se connaître soi-même AVANT de chercher.
Et maintenant ?
Avant votre prochain changement d'emploi, prenez 20 minutes pour vous connaître.
SoiWISE vous guide à travers une introspection professionnelle structurée — pour identifier vos forces réelles, l'environnement où vous performez, et ce que vous cherchez vraiment dans votre prochaine étape. Que vous soyez en réflexion, en transition, ou simplement en train de faire le point, la démarche est la même : choisir, pas subir.
Denis Bellerose est fondateur de SoiWISE.com et coauteur de l'ouvrage Ingénierie de la performance des organisations (2021). Avec 35 ans d'expérience des deux côtés de la table — comme employé, gestionnaire, consultant et entrepreneur — il accompagne aujourd'hui les professionnels dans leurs moments-clés de carrière, en collaboration avec deux professionnel.le.s expérimenté.e.s en RH et recrutement.